Du Pays de l’Isle à votre guidon : Lila nous parle mobilité 

Portrait Lila Neuville chargée écomobilité

Pour ce portrait de février, direction le Pays de l’Isle en Périgord avec Lila Neuville, chargée de mission écomobilité. Arrivée de Normandie en octobre 2024, Lila a troqué l’histoire de l’art pour la géographie et les questions de mobilité. Aujourd’hui, elle pilote un schéma directeur de mobilité active sur le territoire. Entre freins à la mobilité, solutions concrètes et collaboration avec Des Jantes et des Gens, Lila nous raconte son regard d’experte sur un enjeu qui nous concerne tous.

De l’histoire de l’art à la mobilité : un parcours qui roule

Après des études d’histoire de l’art, Lila se réoriente en géographie à Montpellier puis Toulouse. C’est là, en utilisant son vélo quotidiennement pendant ses études, qu’elle découvre la mécanique et prend conscience de l’importance de la mobilité douce. 

« J’ai appris à réparer mon vélo pendant mes études. Et après, je me suis dit que c’était le mode à choisir. Une fois que tu sais, une fois que c’est facile, que tu as les clés, c’est différent. »

Depuis octobre 2024, elle occupe un poste de chargée de mission écomobilité au Pays de l’Isle en Périgord, un contrat de 15 mois financé à 50% par l’ADEME. Sa mission ? Superviser un schéma directeur de mobilité active sur le territoire, en faisant le lien entre plusieurs acteurs : collectivités, bureau d’études, associations.

Les mobilités, c’est quoi au juste ?

Quand on parle de mobilité, on parle large. Train, bus, voiture, vélo, marche à pied, déplacements touristiques ou du quotidien… 

« Les mobilités, c’est un domaine très, très large. Et je dois prendre en compte tous ces modes dans mon travail. » 

Mais la mission de Lila se concentre principalement sur les déplacements à vélo. À l’échelle du Pays de l’Isle, cela passe par la Véloroute Voie Verte qui traverse le territoire d’Est en Ouest. Le schéma en cours vise à relier les grandes communes comme Saint-Astier, Neuvic ou Mussidan à cette voie verte. 

« C’est une échelle très vaste, mais c’est aussi intéressant parce qu’on peut impacter beaucoup de personnes. » 

L’objectif : penser l’intermodalité, c’est-à-dire combiner les trajets vélo avec les autres modes de transport.

Le frein numéro un : la voiture

Quand on demande à Lila quels sont les principaux freins à la mobilité douce, elle est directe :

« Le premier frein, c’est la voiture. On a pensé nos manières d’habiter et de vivre à travers nos modes de déplacement. Et ça s’est fait avec l’invention de la voiture. » 

Résultat : tous les espaces sont marqués par le passage de la voiture, que ce soit en milieu rural ou urbain. 

« Les modes doux n’ont plus leur place dans l’espace, au détriment de cette voiture qui devient toujours plus compétitive. »

Mais ce n’est pas qu’une question d’aménagement. C’est aussi une crise sanitaire. Lila cite des chiffres alarmants :

« Selon l’Observatoire du cœur des Français, en 40 ans, les enfants ont perdu près de 25% de leur capacité cardiovasculaire. » Et ce n’est pas tout. « 95% des Français sont exposés à un risque de détérioration de leur santé, faute d’une activité physique insuffisante. La sédentarité, ça tue. C’est devenu une crise sanitaire. »

La connaissance comme solution

Pour Lila, la solution passe par la transmission et l’apprentissage. 

« Pour moi, la connaissance, c’est la clé. » 

Et c’est là que le travail d’associations comme Des Jantes et des Gens prend tout son sens. 

« Une fois qu’on apprend à entretenir son vélo, on se rend compte à quel point c’est facile et économique. »

Elle observe un problème générationnel : beaucoup de parents ne savent pas réparer les vélos, ce qui fait qu’ils n’apprennent pas aux enfants à pratiquer. 

« Les vélos restent en mauvais état dans le garage et sont non utilisés. » 

DJDG, avec ses ateliers d’auto-réparation et ses animations, permet d’avoir un impact concret sur le terrain. « Ça transmet des nouvelles pratiques auprès des plus jeunes comme des moins jeunes. »

Lila insiste :

« C’est pas comme si tu allais chez un garagiste et que tu étais complètement démuni. Là, tu as les connaissances et ça légitime les personnes après à adhérer à ce mode de transport. »

La collaboration Pays de l’Isle / DJDG

C’est dans le cadre de l’appel à projet AVELO3 que le Pays de l’Isle en Périgord et Des Jantes et des Gens ont noué une collaboration. Cette convention tripartite implique également la communauté de communes du Pays de Saint-Aulaye. DJDG est chargé de réaliser des animations sur le territoire pour sensibiliser les habitants aux mobilités douces.

Pour Lila, les échanges avec l’association sont fluides et naturels. 

« C’est très agréable de travailler avec eux. » 

Même si les actions concrètes sont encore en cours de déploiement, la dynamique est là. 

« J’aimerais prochainement voir plus d’actions concrètes avec eux. J’espère. »

Questionnaire et cartographie participative : à vous de jouer !

Pour mieux comprendre les besoins du territoire, le Pays de l’Isle en Périgord lance un questionnaire et une cartographie participative. L’idée ? Recenser les besoins des usagers cyclistes et leurs pratiques actuelles (différents types d’utilisateurs, itinéraires empruntés, difficultés rencontrées…) ainsi que le comportement des non-usagers pourra être envisagé pour compléter le diagnostic.

Une belle occasion de faire entendre votre voix et de contribuer à l’amélioration des aménagements cyclables sur le territoire.

Lien de la cartographie participative : https://immergis.fr/CartoParty-Immergis/Pays_Isle_Perigord/index.html

Lien du questionnaire en ligne : https://iwa9xsn5xc3.typeform.com/to/MkxGaZoq?typeform-source=www.pays-isle-perigord.com 

Le conseil de Lila

Si Lila devait donner un conseil à quelqu’un qui découvre les enjeux de mobilité territoriale, ce serait simple : « Se mettre à faire du vélo, pédaler, même si c’est dur parfois de sortir de sa zone de confort. C’est comme ça que ça commence. »

Et son petit changement pour améliorer le quotidien des habitants ? « Pratiquer le vélo. Oui, ça passe par les aménagements. Mais déjà, si tu commences en même temps à mettre une pratique, ça serait vraiment un déclic.”

Manon BIROLLEAU

des Jantes et des gens (c) – Février 2026