Hélène Lascombe et la Politique de la Ville : stratégie globale, impact local 🏘️

Interview Portrait

Pour ce portrait d’avril, direction le Grand Périgueux avec Hélène Lascombe, cheffe de service Politique de la Ville, Santé et Prévention à la Direction de la Cohésion territoriale. Avec 25 ans d’expérience dans la politique de la ville, Hélène coordonne les actions menées dans les quartiers prioritaires du territoire. Entre stratégie territoriale, financement des associations et participation des habitants, elle nous explique comment la mobilité devient un levier d’insertion et pourquoi Des Jantes et des Gens s’inscrit pleinement dans cette dynamique.

Un parcours ancré dans la politique de la ville

Hélène Lascombe travaille au Grand Périgueux depuis 2014, suite à la fusion de deux communautés : Isle-Manoire en Périgord et la Communauté d’Agglomération Périgourdine (CAPE). Mais son engagement dans la politique de la ville remonte à bien plus loin. 

« C’était un de mes premiers postes professionnels en 2006. Ça m’a toujours attiré dans mes études. »

Depuis, elle a travaillé sur trois contrats de ville successifs : 2000-2006, 2014-2024, et aujourd’hui le contrat 2024-2030. Son rôle ? Coordonner les actions menées dans les quartiers prioritaires, en lien avec l’État, les villes, les bailleurs sociaux et une vingtaine de partenaires signataires (préfecture, Agence Régionale de Santé, Éducation nationale, chambres consulaires…).

La politique de la ville, qu’est-ce que c’est ?

« La différence avec une politique publique classique, c’est qu’on est des généralistes sur un petit territoire et qu’on touche à toutes les thématiques », explique Hélène. 

Éducation, insertion à l’emploi, mobilité, jeunesse, transition, sécurité, prévention de la délinquance, accès aux loisirs, à la culture, au sport, aux droits… La politique de la ville s’articule autour de quatre priorités : le plein emploi, l’émancipation des habitants et l’accès aux droits, la transition et la sécurité.

« On ne doit pas se substituer aux droits communs. On doit faire plus dans ces quartiers parce que c’est là où il y a moins d’accès aux droits. On est en plus du droit commun. »

Entre stratégie et terrain

Le rôle d’Hélène se partage entre deux dimensions. D’un côté, la stratégie : élaboration du contrat de ville, évaluation, déploiement des politiques publiques, financement des acteurs. De l’autre, le terrain : déplacements dans les quartiers, rencontres avec les associations, suivi des actions concrètes.

« Mon rôle, c’est aussi de dire : on a un dossier papier, mais ce que je vois, c’est que ça se passe. Donc on défend les acteurs, ce n’est pas juste sur un bout de papier. » 

Chaque année, l’agglomération lance un appel à projets. En 2025, 70 actions ont été déposées par une trentaine d’acteurs. 

La rencontre avec Des Jantes et des Gens

C’est dans ce contexte qu’Hélène a rencontré Des Jantes et des Gens. 

« Ils sont arrivés sur la politique de la ville par le biais de la région, puisqu’ils étaient financés dans le cadre de l’ESS. L’ESS connaît très bien la politique de la ville, car il y a souvent des liens sur les questions d’innovation. »

C’est Thierry Ravel qui l’a sollicitée pour présenter le projet de l’association sur la ville de Périgueux, notamment avec la mise à disposition d’un local sur la Boucle de l’Isle. 

« Le projet était hyper intéressant, puisque nous, sur la question de la mobilité, on développe le vélo. Ça paraissait assez logique qu’on soutienne cet acteur. »

Ce qui a convaincu Hélène ? La structuration de l’association, son agilité et sa capacité à comprendre où se diriger en fonction des financements. 

«L’association ne jetait pas des bouteilles à la mer. L’équipe DJDG savait où ils allaient. C’était vers les acteurs qui pouvaient financer en fonction de ce qu’ils faisaient et des politiques publiques nationales. »

La mobilité, un levier d’insertion

Pour Hélène, la mobilité est un enjeu central dans les quartiers prioritaires. 

« Des Jantes et des Gens allait faire ce travail de déploiement du vélo, d’accompagnement des habitants sur comment je me procure un vélo, comment je l’entretiens… » 

Cette dimension répond directement aux critères de financement de la région, qui ne finance la politique de la ville que s’il y a un levier d’insertion professionnelle. La mobilité devient ainsi un outil pour favoriser l’accès à l’emploi, aux services et aux loisirs, en levant un frein majeur pour les habitants des quartiers prioritaires.

Un accompagnement global

Au-delà du financement par l’appel à projets, l’agglomération accompagne DJDG dans la mise à disposition de son local. Cela se fait dans le cadre d’un dispositif de la politique de la ville : la convention d’utilisation de l’abattement de TFPB (Taxe Foncière sur les Propriétés Bâties) en quartier prioritaire.

 « C’est une convention entre l’État, le bailleur social qui met à disposition des locaux, et les collectivités. Nous, on accepte de ne pas percevoir 30% de ce qui devrait nous revenir. Le bailleur non plus. Mais en contrepartie, il faut que le bailleur mène des actions, dont la mise à disposition gratuite de locaux de pieds d’immeuble. »

Plusieurs dispositifs s’imbriquent ainsi pour faciliter l’implantation d’acteurs dans les quartiers. 

« C’est complexe, mais c’est très intéressant. Ça lève des freins et ça amène des leviers. »

La place des associations

Pour Hélène, les associations sont des acteurs essentiels de la politique de la ville. 

« Elles sont vraiment en grande proximité et elles répondent à des compétences qu’on n’a pas toujours. » 

L’agglomération valorise particulièrement les associations qui collaborent avec plusieurs communes et avec d’autres acteurs associatifs. 

« Ça fait partie de nos critères. On les amène à travailler avec des acteurs sur d’autres communes que là où est leur siège, et avec d’autres publics. Ça permet d’élargir la portée de l’association. »

Ce qui motive Hélène

Au cœur de son engagement : la participation des habitants. 

« En politique de la ville, il y a un axe très fort, c’est celui de la participation des habitants. Pour moi, ça devrait être développé dans toutes les politiques publiques. C’est un incontournable de la politique de la ville : on ne fait pas de politique de la ville sans participation des habitants. »

Hélène voit ce travail comme une forme d’acculturation, de collaboration, de pédagogie. 

« On n’est pas juste les donneurs d’ordre. Ça permet aux habitants de comprendre pourquoi les politiques publiques tendent vers tel ou tel enjeu. Et au-delà, ils ont le droit de dire qu’ils ne sont pas d’accord. Ce travail pédagogique me semble très important pour qu’ils adhèrent à des politiques publiques qui sont souvent très techniques. »

La force du Grand Périgueux

Pour Hélène, la force principale du territoire, c’est :

« ce regard global et le fait d’être un accompagnateur de compétences qui vont plus largement que sur les communes ». 

L’agglomération permet de soutenir des acteurs associatifs qui ont un impact au-delà de leur seule commune d’implantation, comme Des Jantes et des Gens et de créer des collaborations entre territoires et entre acteurs.

Manon BIROLLEAU

Des Jantes et des gens (c) – Avril 2026

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